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Monoprix : les produits qui valent leur prix
Monoprix n'est pas le magasin de riches qu'on décrit : sur notre panier de 29 produits, il finit à 51 centimes de Franprix. Voilà où passe l'argent.
Par Arthur Lecaille · publié le 3 septembre 2026 · 8 min de lecture
L'idée reçue, celle que je répétais moi-même il y a trois ans : Monoprix, c'est le magasin des gens qui ne regardent pas les prix, et Franprix, c'est la version raisonnable pour le reste du monde. Nos chiffres disent autre chose.
Panier Tadam de 29 produits de base, catalogues du 3 septembre 2026. Monoprix : 53,67 €. Franprix : 53,16 €. Cinquante et un centimes d'écart sur une semaine entière de courses, soit environ un pour cent. Les deux enseignes sont dans le même mouchoir de poche, à 114 et 113 sur un indice où Carrefour vaut 100.
Le vrai fossé n'est pas entre Monoprix et Franprix. Il est entre le magasin de ville et l'hypermarché de périphérie : 53,67 € contre 47,25 € chez Carrefour et 37,06 € chez Lidl. Six euros et demi d'un côté, seize euros et demi de l'autre. On paie le mètre carré parisien, pas la marque de l'enseigne.
Ce que je peux affirmer et ce que je ne peux pas
Monoprix fait partie des douze enseignes sur dix-sept où notre relevé n'a pas abouti. Les prix affichés dans l'application sont des prix estimés : prix moyen national par ingrédient, coefficient d'enseigne de 1,20, remise appliquée sur la part de marque propre — Monoprix Gourmet et Monoprix Bio dans leur cas. C'est une estimation, à confirmer en magasin, et je préfère l'écrire deux fois plutôt qu'une.
Ce que ça implique, et qui est plus intéressant que le total : l'écart de 51 centimes entre Monoprix et Franprix n'est pas un résultat mesuré, c'est le produit de deux coefficients voisins, 1,20 et 1,15. Je ne vais donc pas te vendre un classement au centime. Ce que nos données disent honnêtement, c'est que les deux enseignes appartiennent au même segment de prix, et que ce segment coûte entre 13 et 14 % de plus qu'un hypermarché.
Cinq enseignes sur dix-sept ont un relevé réel dans notre système : Lidl, Carrefour, Cora, Naturalia et Biocoop. Monoprix n'en fait pas partie. Chaque fois que je cite plus bas un prix ferme, avec une marque et une date, il vient de l'une de ces cinq-là.
22 h 07, et la quatrième fois
J'ai habité six mois à deux cents mètres d'un Monoprix ouvert tard. Le premier soir, j'y suis allé parce que je n'avais rien pour le lendemain matin : du pain de mie, des œufs, du beurre. Le rayon des yaourts était déjà à moitié rangé pour le lendemain, avec le chariot de réassort en travers de l'allée et une fille qui écoutait de la musique dans un seul écouteur.
La deuxième fois, c'était trois jours après. La troisième, le samedi. La quatrième fois dans la même semaine, j'ai fait le calcul sur le trajet du retour et j'ai eu un moment désagréable : j'avais dépensé en dépannages de fin de soirée à peu près ce que m'aurait coûté une vraie course hebdomadaire, plus la vraie course hebdomadaire que j'avais faite quand même le dimanche.
Le dépannage n'est pas cher. C'est sa répétition qui l'est. Un Monoprix à deux cents mètres coûte 13 % de plus par article et environ 40 % de plus au total, parce qu'on y va deux fois plus souvent et qu'on repart avec des choses qu'on n'avait pas prévues.
Les produits qui valent réellement leur prix
L'épicerie de placard en marque propre, d'abord. C'est là que la remise sur marque distributeur rattrape le coefficient d'enseigne, et c'est le seul endroit du magasin où le prix au kilo redevient comparable à celui d'un hyper. Huile d'olive, conserves de tomates pelées à 2,00 €/kg dans notre catalogue, pâtes à 1,90 €/kg, riz basmati à 3,20 €/kg : prends la marque du magasin sans état d'âme.
Le rayon traiteur, ensuite, mais uniquement quand il remplace un restaurant, jamais quand il remplace un dîner. Une barquette de 300 g à 5 € tourne à 16,67 €/kg. Ce n'est ni un scandale ni une affaire — c'est le prix d'un service. Chez Lidl, le pad thaï aux crevettes Select & Go de 290 g était à 4,99 € le 2 septembre 2026, soit 17,21 €/kg : le même ordre de grandeur, dans une enseigne réputée pour ses petits prix. Le plat préparé coûte ce qu'il coûte partout.
Les fromages à la coupe et les produits laitiers de qualité, enfin. Le comté est à 19,00 €/kg dans notre catalogue et la mozzarella à 9,00 €/kg. Ce sont des produits où la différence entre le premier prix et le bon produit se mange, contrairement à la farine à 1,10 €/kg où elle ne se mange pas du tout. La Salade caprese repas se monte en huit minutes et ne tient debout qu'avec une mozzarella correcte ; c'est exactement le genre d'arbitrage où payer plus a du sens.
Le piège du petit format, chiffré
Voilà le mécanisme qui coûte le plus cher en magasin de ville, et il n'a rien à voir avec l'enseigne. Chez Carrefour, le 2 septembre 2026, le Boursin ail et fines herbes existait en trois conditionnements : 80 g à 1,29 € soit 16,12 €/kg, 150 g à 2,35 € soit 15,67 €/kg, et 250 g à 3,45 € soit 13,80 €/kg. Le petit pot coûte 17 % de plus au kilo que le gros.
Les magasins de centre-ville sont construits autour du petit format, parce qu'on y vient à pied et qu'on porte ses courses. C'est logique, c'est confortable, et c'est là que part l'argent — bien plus que dans le coefficient d'enseigne. Je le dis franchement : le format est un levier plus puissant que le choix du magasin, et personne n'en parle parce que ça ne fait pas un bon titre.
Deux exceptions, que j'applique. Le café moulu, à 25,00 €/kg dans notre catalogue, je le prends en grand format même s'il perd un peu au bout de trois semaines. Les herbes fraîches, à l'inverse, je les prends toujours au plus petit format : le basilic est à 35,00 €/kg et la coriandre à 25,00 €/kg, et un gros bouquet fini à la poubelle coûte plus cher qu'un petit fini dans l'assiette.
Le rayon jus, qui mérite un paragraphe à lui seul
Je prends cet exemple parce qu'il est mesuré et parce qu'il vaut pour tous les magasins urbains, Monoprix compris. Chez Carrefour, le 2 septembre 2026 : jus d'orange pressée 100 % pur jus Andros en 1 litre à 3,09 €, et le même jus en 1,5 litre à 3,89 €, soit 2,59 €/l. Dix-neuf pour cent d'écart au litre entre deux bouteilles côte à côte.
À côté, le shot gingembre pomme citron vert de Carrefour était à 1,99 €, ce qui donne 39,80 €/l. Quarante euros le litre de jus. Je ne juge pas les gens qui en achètent, j'en ai acheté ; je dis simplement que si tu inscris ce nombre à côté du prix affiché, la décision n'est plus la même.
Le magasin de ville vend d'abord des petits contenants, et le petit contenant est le vrai multiplicateur de budget. C'est plus déterminant que l'enseigne, plus déterminant que la marque, plus déterminant que les promotions.
Le calcul qui m'a fait changer d'organisation
Tadam range les semaines en trois paliers : Petit budget à 35 € par personne et par semaine, avec des portions sous 2,50 € ; Normal à 55 €, portions sous 4,50 € ; Plaisir à 85 €, portions sous 9 €. Ce sont des repères que j'utilise pour arbitrer, pas des règles morales.
Voilà ce que donne l'arithmétique en magasin de ville. Notre panier de 29 produits de base coûte 53,67 € chez Monoprix et 47,25 € chez Carrefour, catalogues du 3 septembre 2026. L'écart est de 6,42 €, soit 13,6 %. Sur un budget hebdomadaire de 55 € par personne, ça représente environ 7,50 € par semaine, à peu près 390 € sur une année pour une personne seule. Ce n'est pas rien, et ce n'est pas non plus le scandale qu'on imagine.
Ce qui coûte davantage, c'est la fréquence. Quatre passages dans la semaine au lieu d'un, avec à chaque fois un article non prévu à deux ou trois euros, et l'addition dépasse largement les 6,42 € du différentiel d'enseigne. Le drive supprime cet effet, mécaniquement, parce qu'on n'y traverse pas de rayons.
Ma correction personnelle, celle que j'applique en France depuis deux ans : liste écrite avant de sortir, un seul passage, et le frais du jour acheté sur le chemin du retour. Les Pâtes au pesto et tomates cerises en quinze minutes et la Soupe de tomate express et croûtons en treize minutes sont là pour les soirs où j'aurais autrement traversé la rue vers le magasin. Une boîte de tomates pelées à 2,00 €/kg dans le placard vaut mieux qu'un aller-retour à 22 h.
Trois lignes où je paie plus sans discuter
Le beurre, à 11,00 €/kg dans notre catalogue. La différence entre un beurre premier prix et un beurre de baratte se sent sur une tartine et se sent en cuisson. Je prends le bon, j'en mets moins.
Le café, à 25,00 €/kg. C'est le produit qui a fait exploser mon budget la semaine où j'ai essayé de tenir un budget serré, et c'est aussi celui que je refuse le plus de dégrader. Le thé vert de notre catalogue, à 100,00 €/kg, relativise d'ailleurs immédiatement le prix du café.
Les œufs, à 0,32 € pièce. Sur une Tartine avocat-œuf ou une omelette, l'œuf est l'ingrédient principal ; économiser trois centimes dessus est absurde alors qu'un œuf de meilleure qualité coûte quelques centimes de plus et change le plat.
Ma règle pour un magasin de ville
Trois courses par semaine dans un Monoprix, ça revient plus cher que huit euros de livraison depuis un hypermarché. J'ai mis longtemps à l'accepter parce que j'aime marcher jusqu'au magasin.
Ce que je fais maintenant : une grosse course de base au meilleur prix, en drive ou en périphérie, et le magasin de ville réservé au frais de la semaine et à ce qui se décide le jour même. Des œufs à 0,32 € pièce, du pain, un fromage. L'Omelette au fromage et fines herbes se fait en neuf minutes avec exactement ça, et coûte moins d'un euro par personne.
Le drive Monoprix, dans Tadam, fonctionne en recherche guidée : l'application cherche article par article et ajoute le premier résultat quand la fiche le permet. Elle ne clique jamais sur une bannière de consentement à ta place — elle s'arrête et te rend la main.
Arrête d'y aller le soir. C'est tout.
Sources
- Monoprix — site de l'enseigne — consulté le 2026-09-03
- INSEE — indice des prix à la consommation — consulté le 2026-09-03
- UFC-Que Choisir — consulté le 2026-09-03
Questions fréquentes
Monoprix est-il beaucoup plus cher que les autres enseignes de ville ?
Non, pas par rapport aux autres enseignes de ville. Sur notre panier de 29 produits, catalogues du 3 septembre 2026 : Monoprix 53,67 €, Franprix 53,16 €. Un demi-euro d'écart. L'écart réel se joue face à l'hypermarché : Carrefour est à 47,25 €.
Les prix Monoprix de Tadam sont-ils relevés en magasin ?
Non, ce sont des prix estimés. Monoprix fait partie des douze enseignes sur dix-sept pour lesquelles nous n'avons pas de relevé exploitable. Nous appliquons un coefficient de 1,20 au prix moyen national. Estimation Tadam, à confirmer en magasin.
Quels produits valent leur prix chez Monoprix ?
La gamme Monoprix Gourmet sur l'épicerie de placard, le rayon traiteur quand il remplace un vrai repas au restaurant, et les formats moyens en marque propre. Le reste du panier de base coûte mécaniquement 20 % de plus qu'en hypermarché.
Comment Tadam envoie une liste au drive Monoprix ?
En recherche guidée, article par article, avec ajout automatique du premier résultat quand la fiche le permet. Aucune enseigne française n'accepte de coller une liste multi-lignes, nous avons testé les dix-sept le 2 septembre 2026.
À lire ensuite
Les prix cités dans ce guide
Chaque fiche donne le prix relevé dans les 17 enseignes suivies.
Des recettes pour appliquer
Arthur Lecaille
Arthur Lecaille est le fondateur de Tadam. Entrepreneur français installé à Bali, il dirige AC SCALE LLC, structure depuis laquelle il construit des produits numériques grand public. Tadam est né d'un constat simple, vérifié chiffres en main : entre deux enseignes françaises, le même panier de courses peut varier de plus de quarante euros, sans que personne ne publie l'écart de façon lisible. Il conçoit lui-même le moteur de relevé de prix, la méthode de rapprochement produit-ingrédient et les règles de planification des menus, et il tranche chaque arbitrage éditorial : afficher un prix estimé comme tel, ne jamais présenter une moyenne comme un relevé, publier l'écart même quand il dérange.
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